INTRODUCTION

En dépit du découpage hérité de la colonisation, les peuples du Bassin Congo-Oubangui-Sangha constituent un tout qui n’a jamais perdu son identité. Ce point constitue un facteur non négligeable d’intégration dans cette zone où ils sont obligés de partager les ressources naturelles à leur disposition.

En effet, les cours d’eau de la CICOS ne constituent pas une donnée isolée en dehors des populations qui vivent sur leurs parcours respectifs.

Les Etats membres de la CICOS doivent affronter les problèmes de santé des populations riveraines dans un milieu en proie à la fièvre « EBOLA » et autres pandémies notamment le VIH/SIDA ; de scolarisation des enfants, de protection de l’environnement, de la conservation de la biodiversité et de transport.

Cette partie de l’état des lieux se focalise sur la dimension GENRE car la femme a toujours occupé une place importante dans les milieux ruraux, en s’impliquant dans l’éducation des enfants et dans des activités telles que la pêche ou l’agriculture.

La femme est, donc, confrontée à des problèmes différents de ceux de l’homme.

Le rôle de la femme dans les différents secteurs d’activité a été analysé. Les objectifs visés, par cet état des lieux, sont :

  • Comprendre la relation entre l’homme et la femme dans les différents secteurs d’activité et leurs rôles combinés ;
  • Connaître les problèmes de la femme.

La condition de la femme est devenue une préoccupation importante, au niveau international. D’ailleurs, le Secrétaire Général de l’ONU, Monsieur Kofi ANNAN, a rappelé dans son rapport sur « le rôle de l’emploi et du travail dans l’élimination de la pauvreté : l’autonomisation et la progression des femmes », objet d’un débat lors de la session de 1999 du Conseil économique et social (Genève, 5 au 8 juillet 1999) : « au siècle prochain, les pauvres seront plus souvent des femmes sans qualification gagnant un bas salaire et vivant dans des zones rurales d’Afrique ou d’Amérique Latine, plutôt que des hommes, petits exploitants agricoles habitant en milieu rural en Asie.

En conséquence, la réduction efficace de la pauvreté passe donc nécessairement par des stratégies visant à lutter contre la discrimination et les handicaps que rencontrent les femmes. »

De plus, un des objectifs du millénaire pour le développement concerne la promotion de l’égalité des sexes et de l’autonomisation des femmes.

Il est à noter que cette partie de l’état des lieux a été réalisée en peu de temps. Il n’y a pas eu de mission sur le terrain. Nous nous sommes contentés des documents existants et des témoignages de personnes ressources.

Situation Géographique

Le Bassin du Congo couvre une superficie de 3.700.000 km2 et s’étend de part et d’autre de l’Equateur. Il est drainé par un grand nombre de cours d’eau dont l’Oubangui, la Sangha, le Kasaï, le Kwilu, la Lobaye, la Likouala aux Herbes, etc. Certains cours d’eau sont des frontières naturelles entre les pays de la CICOS. Il s’agit, entre autres, de :

  • l’Oubangui qui est partagé par la République Centrafricaine, la République du Congo et la République Démocratique du Congo ; l
  • a Sangha qui sépare la République du Cameroun et la République Centrafricaine, ainsi que la République du Congo.

Un certain nombre de sites sont situés le long du fleuve Congo et ses affluents. Les habitants vivent de l’exploitation de la ressource en eau. Cet état des lieux prend en compte ces sites.

Pour le Cameroun, d’après Monsieur Dieudonné NDJOUM, Chef du sous quartier maritime, fluvial et lacustre de Moloundou, le tronçon Moloundou – Ouesso sur la rivière Ngoko n’est peuplé que par quelques pygmées.

Pour la République Centrafricaine : une grande partie de la population centrafricaine vit en zone rurale dans des villages situés le long de la rivière Oubangui. Ces personnes vivent essentiellement de pêche.

Pour la République du Congo : l’ONUSIDA, dans le cadre de l’initiative des pays riverains des fleuves Congo, Oubangui et Chari, a évalué la population totale de quelques localités riveraines du fleuve Congo à 65 000 habitants.

Chaque localité possède au moins une école primaire.

On note, aussi, la présence de centres de santé intégrés et de dispensaires. Ils sont généralement dirigés par un médecin, un assistant sanitaire ou un infirmier.

Les administrations publiques suivantes sont présentes dans quelques localités (Ngabé, Makotipoko, Mossaka) : la gendarmerie, la police, les secteurs de l’agriculture, de l’élevage et de la pêche ; l’inspection du sport, l’inspection de l’enseignement primaire, l’inspection de la jeunesse, la brigade des eaux et forêts, la base navale de la marine, la direction régionale de surveillance du territoire, le CNTF et le PABPS.

Les populations vivent essentiellement de pêche, d’élevage, d’agriculture, d’artisanat et de commerce. Des marchés d’intérêt régional sont régulièrement organisés à Makotipoko, Mossaka Boyele et Impfondo. Des commerçants venant de Brazzaville, du Gabon, de la République Démocratique du Congo et de la République Centrafricaine y participent.

Le transport, en direction de ces localités, se fait essentiellement par le fleuve, avec des baleinières et des pirogues (motorisées ou non). Certains villages ne sont accessibles que par le fleuve ou l’avion.

Les ONG et associations suivantes sont actives dans ces lieux :

  • La CEMIR;
  • Le CRADEC;
  • L’ACDM;
  • L’association monde action;
  • La fondation MOKA ;
  • L'IRC;
  • Les Médecins sans frontières;
  • Les Médecins d’Afrique;
  • L’association Thomas SANKAR. 

Un certain nombre de sites sont victimes d’inondations entre octobre et janvier. Il s’agit de :

  • Makotipoko : environ 90% du district se trouve dans l’eau durant cette période ;
  • Mossaka : cela s’explique par le fait que l’Oubangui et plusieurs affluents du fleuve Congo (Sangha, Likouala aux Herbes, Likouala Mossaka, Kouyou) se jettent dans le fleuve au niveau de la ville;
  • Loukoléla.

Pour la République Démocratique du Congo : les localités riveraines sont situées dans les provinces du Bas Congo, du Bandundu et de l’Equateur, principalement le long du fleuve Congo et de la rivière Oubangui. S’agissant de la province de l’Equateur, son économie est, essentiellement, basée sur l’exploitation des ressources naturelles provenant des cours d’eau très riches en faune et de la forêt.

La majorité de la population active, féminine et masculine, pratique la pêche. Les produits de la pêche et de l’agriculture sont généralement acheminés vers les grands centres urbains tels que Mbandaka, Kinshasa, Brazzaville et Bangui (à partir de Zongo). La population de la province est estimée à 4 974 533 habitants.

La situation sanitaire de la province est déplorable. Il existe peu de produits pharmaceutiques et de matériel d’intervention pour les soins médicaux adéquats.

Dans la province du Bandundu, les populations riveraines de Kwamouth et Bolobo vivent, principalement, des produits halieutiques et de l’agriculture. Le fleuve Congo constitue la principale voie de communication vers d’autres centres urbains.

Activités pratiquées par la femme

Les femmes sont obligées de travailler pour augmenter les revenus du ménage, éduquer les enfants ou survivre. L’état des lieux s’est intéressé aux activités pratiquées ainsi qu’aux conditions et méthodes de travail. Il est à noter que ces femmes ont un faible niveau d’éducation, au sens de la fréquentation scolaire.

Au Cameroun : d’après Monsieur DJOUM, Chef du sous quartier maritime, fluvial et lacustre de Moloundou, la rivière Ngoko est utilisée par les femmes commerçantes, uniquement pour aller en République du Congo vendre leurs marchandises (pagnes, viande boucanée, etc.).

En République Centrafricaine : en plus des travaux ménagers, les femmes participent aux activités de pêche.

En République du Congo : chez les Ngala « Gens d’eau » dans la Cuvette congolaise, les activités sont réparties en fonction des sexes. Selon les Ngala, l’homme est plus disposé à exécuter les tâches les plus rudes notamment la fabrication des pirogues, la chasse, les pêches nocturnes, certains types de pêche.

Les femmes, quant à elles, sont en charge des travaux domestiques, de la poterie, de certaines pêches.

En République Démocratique du Congo : les femmes s’occupent de travaux domestiques, de l’éducation des enfants, pêchent, cultivent et vendent.

Pêche

Le poisson constitue la principale source de protéine animale pour les populations du bassin du Congo.

En République Centrafricaine, en République du Congo et en République Démocratique du Congo, la pêche est un secteur stratégique. Le potentiel halieutique est très important : 100 000 tonnes métriques, selon la FAO, en République du Congo, et 10 000 à 15 000 tonnes en République Centrafricaine.

7500 personnes travaillent dans la pêche continentale en République du Congo, selon le projet de promotion de la pêche dans le Département de la Likouala - préfactibilité par la Société d’études et de Promotion du Développement. En République Centrafricaine, la pêche concerne environ 100 000 familles soit 20% de la population du pays.

Dans les trois pays cités plus haut, les femmes travaillent principalement dans le fumage et dans la commercialisation du poisson où elles sont majoritaires. Elles travaillent généralement dans un cadre familial.

En République Centrafricaine, les femmes achètent le poisson en petites quantités sur les campements de pêche ; le poisson est ensuite conduit vers les centres de consommation, par voie fluviale (pirogue, baleinière).

Concernant la capture du poisson : en République du Congo, dans la Cuvette Congolaise qui est le principal producteur de poisson d’eau douce du pays, le rôle de la femme consiste principalement à assister l’homme dans certains types de pêche:

  • la pêche aux étangs qui se pratique annuellement de la fin juillet à la fin août, lorsque les eaux de la saison des crues se sont entièrement retirées du territoire, et que l’intensité des pluies baisse. Les femmes coupent les piquets et les lianes et descendent dans l’eau ;
  • la pêche aux nasses. Les femmes préparent les matériaux durant la période qui précède la grande pêche de la saison sèche ;
  1. la pêche aux claies. La claie est un rideau qui laisse passer l’eau mais arrête le poisson. Les types de pêche suivants sont, principalement, pratiqués par les femmes ;
  2. la pêche dite Bodjanga dans les marécages. Les pêcheuses utilisent des paniers pour capturer les poissons ;
  3. la pêche au boloko (panier long de 1,50 m en forme de quille), en période d’étiage, pratiquée généralement en groupe.

En République Centrafricaine, les femmes pratiquent, en saison sèche, la pêche traditionnelle, orientée essentiellement vers l’autoconsommation ; lors de la formation de petites mares et de marigots. Elles utilisent des techniques et engins de pêche rudimentaires tels que les barrages, les petites nasses, les pièges, les harpons/sagaies, les moustiquaires, les poisons d’origine végétale.

En République Démocratique du Congo, selon Madame Djimbo, Présidente des femmes mennonites du Congo, les femmes pêchent surtout dans les provinces de l’Equateur et du Bandundu. Elles utilisent des filets, des paniers ou des poisons d’origine végétale.

Les vendeuses achètent le poisson auprès de pêcheurs à qui elles versent un pourcentage de leurs recettes.

Les pêcheuses sont souvent victimes d’escroquerie lorsqu’elles transportent leurs marchandises pour la vente, dans les grands centres de consommation. Elles gagnent peu d’argent de cette activité.

Agriculture

En République du Congo, les femmes plantent et construisent (avec les hommes) des buttes de terre accumulée durant les inondations pour permettre aux agriculteurs d’entretenir quelques cultures essentielles.

En République Démocratique du Congo, Selon Madame Djimbo, Présidente des femmes mennonites du Congo, les femmes cultivent du manioc, de l’arachide, du maïs, des pommes de terre, de l’oignon ou du riz dans la province du Bandundu. Elles utilisent des houes ou des tracteurs. Les produits sont acheminés vers Kinshasa pour la vente par la voie d’eau (baleinières). Au port de Kinshasa, certains policiers obligent ces femmes à payer un certain nombre de taxes. Elles perdent ainsi beaucoup d’argent. Elles sont, parfois, victimes de vol. Ces femmes travaillent individuellement. Cependant, certaines sont regroupées en associations, généralement mal structurées et mal gérées.

Production artisanale

En République du Congo, dans la Cuvette congolaise, la voie d’eau est utilisée par les femmes qui font de la poterie, pour transporter l’argile extraite des gisements se trouvant dans les villages de Bombe et Bwalonga. Ces femmes se déplacent seules, en pirogue, durant la saison de décrue, de février à avril et de juillet à septembre. La pâte est alors préparée, façonnée, séchée et cuite.

Commerce

Le commerce est très pratiqué par les femmes dans les Etats membres de la CICOS. Nous le disions plus haut, dans le secteur de la pêche, elles travaillent principalement dans la commercialisation du poisson.

En République Centrafricaine, selon Madame Bernadette YETENE, commerçante et propriétaire de baleinière, quelques femmes, résidentes de la ville de Bangui, sont propriétaires de baleinières et commerçantes. Ces baleinières transportent des marchandises (meubles, aliments, etc..) et des personnes à destination de Ndimba, Gbabo, Elaka, Zinga, etc., en République Centrafricaine, et Mongoumba, Zambi, Bétou, Dongo et Impfondo, etc., en République du Congo. Ces baleinières sont souvent surchargées et il arrive qu’elles fassent naufrage. Cela a été le cas, le 6 août 2005, de la baleinière « Malembé » qui a coulé en causant la mort de plusieurs personnes (le Citoyen n°2234 du 12 août 2005). Ces femmes ne sont pas regroupées en associations.

En République Démocratique du Congo, selon Madame Djimbo, présidente des femmes mennonites du Congo, un nombre assez élevé de femmes sont commerçantes et utilisent le fleuve pour se déplacer. Elles vont chercher les produits sur des baleinières et les vendent aux consommateurs ou à d’autres commerçantes. Elles sont victimes de tracasseries policières et perdent beaucoup d’argent aux différents postes de contrôle.

Santé Communautaire

Les pays membres de la CICOS font partie des pays les plus touchés par le VIH/SIDA en Afrique et dans le monde, d’après ONUSIDA. Cela est dû au manque d’information sur la pandémie. Des facteurs tels que la pauvreté, les conflits armés, augmentent la vulnérabilité des populations et les risques de propagation du VIH/SIDA.

Ces risques de propagation sont élevés sur le fleuve Congo et son affluent l’Oubangui, qui sont des lieux de brassage de population, et des axes de communication entre les pays riverains. Les localités situées le long du fleuve Congo et de l’Oubangui sont des points de départ ou de destination.

La vulnérabilité des femmes au VIH/SIDA est accentuée par leur faible situation économique qui cause la prostitution sur les barges à hydrocarbures et dans les ports.

L’absence de moyen de transport pour passagers, incite les passagers à se déplacer sur des barges à hydrocarbures, bien que cela soit interdit. Sur ces barges, près de 400 personnes (hommes et femmes) cohabitent pendant une dizaine de jours, lorsqu’ils quittent Bangui pour Brazzaville. La pauvreté et la promiscuité favorisent la prostitution, et augmentent, ainsi, les risques de transmission du VIH/SIDA et autres maladies.

Au port de Kinshasa, quelques commerçantes, se prostituent pour ne pas payer certaines taxes.

Les conflits armés favorisent la propagation du VIH/SIDA car ils amènent les populations à se déplacer. Des camps de réfugiés sont, ainsi, créés dans les lieux d’accueil. Il arrive que des femmes et des jeunes filles soient victimes de viol dans ces camps.

Conclusion

Il y a très peu d’information sur les femmes vivant le long du fleuve Congo et ses affluents. Il n’existe pas d’étude sur leurs conditions de vie et leurs activités. Certaines études sur le fleuve Congo parlent brièvement des questions du genre. Cependant, la recherche documentaire, ainsi que les différents témoignages font ressortir les points suivants :

  • Ces femmes ont un faible niveau d’éducation au sens de la scolarisation;
  • Elles sont pauvres car elles gagnent peu d’argent de leurs activités ;
  • Elles ne sont pas regroupées en association, pour la majorité. ;
  • Un certain nombre s’adonne à la prostitution.

Il est nécessaire de mener une étude sur les questions du genre le long des principaux cours d’eau du bassin du Congo. Cette étude devrait nous donner une meilleure compréhension des conditions de vie et activités pratiquées par ces femmes et connaître les problèmes auxquels elles sont confrontées, afin de trouver des solutions.

La finalité d’une telle étude est de mieux circonscrire la problématique du genre dans tous ses aspects, tant au plan endogène qu’exogène; afin d’esquisser des ébauches de solution susceptibles de contribuer à l’amélioration de la qualité de la vie des femmes dans le but de réduire la pauvreté.